Le nucléaire fait-il partie du patrimoine français ?
La semaine dernière, la centrale nucléaire de Penly, en Seine Maritime, a connu quelques déboires. Le 5 avril, en milieu de journée, une alarme incendie annonce un incident dans le bâtiment du réacteur numéro deux de la centrale. On signale alors un dégagement de fumée. Le réacteur aurait automatiquement été mis à l’arrêt. Deux départs d’incendies semblent à l’origine de l’alarme. Les causes exactes de ces problèmes ne sont pas définies. Mais rappelons qu’en 2000, l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), agence indépendante qui assure au nom de l’État le contrôle de l’activité nucléaire et la surveillance des sites, avait publié un rapport mettant en évidence la gestion insuffisante des risques d’incendies dans les centrales françaises. Un constat toujours d’actualité puisque l’intervention des pompiers sur le site a été constatée à 13h15 soit 55 minutes après le signalement de l’incident, alors que la réglementation veut de le délai d’intervention n’excède pas les 15 minutes.
EDF assure que l’incident n’a causé aucun trouble de l’environnement et qu’aucun blessé n’est à déploré. Mais le directeur général de l’ASN nous apprend qu’une personne aurait été brûlée. « Légèrement », soit, mais cette affirmation vient mettre en doute l’information divulguée par EDF. L’incident a par ailleurs été classé sur le niveau 1 de l’échelle INES (Échelle Internationale des Événements Nucléaires) qui en comprend 7. Un événement qu’il convient d’estimer à sa juste gravité puisque c’est un circuit de refroidissement qui aurait été endommagé, comme cela avait été le cas à Fukushima il y a un an. Après plusieurs jours d’arrêt pour un refroidissement total du réacteur, les travaux devraient être entrepris cette semaine afin de redémarrer la centrale au plus vite.
La France compte actuellement 58 réacteurs nucléaires sur son sol répartis sur 19 centrales dont la plupart sont vieillissantes. Construites initialement pour une durée de vie de vingt ans, certaines approchent aujourd’hui les quarante ans comme celle de Fessenheim, mise en activité en 1977. Avec son parc, la France comptabilise 10% de la production mondiale d’énergie nucléaire et se place en leader alors que sa population totale n’excède pas 1% de la population mondiale. Avec une telle implication dans ce type de production, il semble aujourd’hui impossible d’imaginer une sortie du nucléaire en France.
Un incident nucléaire peut en cacher un autre
Si EDF, qui assure la production de l’électricité du parc nucléaire français, assure que son énergie est la plus propre et la plus sûre, la transparence sur l’activité nucléaire civile n’est cependant pas son point fort. Depuis les années soixante on dénombre un grand nombre de problèmes survenus dans les centrales françaises. Si certaines sont médiatisées aujourd’hui, beaucoup sont passés sous silence. Le 5 avril, en même temps que l’incident signalé à Penly, un autre incident a eu lieu en France à la centrale de Saint Laurent dans le Loir-et-Cher, tristement célèbre pour un grave accident de niveau 4 survenu en 1969 où cinq combustibles étaient entrés en fusion. En début d’après midi on apprenait un échappement de fumée d’un bâtiment administratif causé par la surchauffe d’un ventilateur. Mais plus tard dans la journée, EDF déclarera que le réacteur numéro deux de la centrale de Saint Laurent aurait été arrêté suite à « une défaillance d’un capteur d’eau ». Un incident occulté par l’actualité de la centrale de Penly.
Si l’incident de Saint Laurent, le 17 octobre 1969, reste à ce jour le plus grave accident nucléaire recensé sur le sol français, il est loin d’être un cas unique. Le 25 juillet 1979 c’est le site de Saclay, situé à 20km de Paris qui est à l’origine du déversement de liquides radioactifs dans les égouts destinés aux déchets ordinaires. Le 13 mars 1980 c’est à nouveau la centrale de Saint Laurent qui subit un dysfonctionnement du système de refroidissement occasionnant un arrêt prolongé. Le 14 avril 1984 un réacteur de la centrale de Bugey est mis à l’arrêt complet à cause de câbles électriques défectueux. Le 22 mai 1986, au centre de retraitement de la Hague, en Normandie, un incident sérieux expose les travailleurs du site à d’importants niveaux de radiation. Cinq personnes devront même être hospitalisées. L’année suivante, le 12 avril, on relève des fuites de liquide de refroidissement à la centrale de Tricastin dans la vallée du Rhône. Sept travailleurs seront touchés et les réserves d’eau aux alentours seront contaminées. En 1999, après la forte tempête qui a touché la France à la fin du mois de décembre, la centrale nucléaire de Blaye est inondée. Noyée par les eaux, elle est contrainte à un arrêt d’urgence. Le 21 janvier 2002, suite à une mauvaise installation à la centrale de Flammanville dans la Manche, la centrale connaîtra un arrêt forcé de deux mois. C’est sur ce site qu’a commencé le chantier d’un réacteur nucléaire nouvelle génération, qui avait été l’un des points de débat de l’élection présidentielle de 2007. En 2008 le chantier a été arrêté un mois par l’ASN suite à des constats de fissures dans le béton. La même agence produit un nouveau rapport alarmant en 2011 qui signale sur le chantier treize constats d’infractions et l’utilisation d’équipement de secours de mauvaise qualité notamment pour ce qui concerne le système de refroidissement en cas d’accident. Les candidats Sarkozy et Hollande, contrairement aux candidats Joly et Mélenchon, sont favorables à la poursuite des travaux. Le 16 mai 2005 c’est à la centrale de Cattenom qu’un incendie a lieu dans un tunnel électrique. Le 13 juillet 2008 sont accidentellement déversés dans la nature 75kg d’uranium à Tricastin. Le 12 août 2009 le réacteur de la centrale de Gravelines est mis à l’arrêt suite à une défaillance du système d’assemblage qui ne parvient plus à éjecter les barres de combustible irradié. Le 12 septembre 2011 une explosion a lieu sur le site de la centrale nucléaire de Marcoule. L’incident fera un mort et quatre blessés… Des incidents de plus en plus réguliers.
La désinformation au service de la rentabilité
La liste est longue des incidents recensés, et tout aussi longue celle de la désinformation des instances de surveillance et d’exploitation. Les contradictions de certaines déclarations officielles, et d’informations officieuses, la garantie par EDF de la sûreté du parc nucléaire français, les accidents nucléaires majeurs survenus dans le monde, le souvenir brûlant d’un nuage radioactif s’étant arrêté en 1986 aux frontières françaises, les mises en évidence par Greenpeace mais également par l’ASN de nombreux dysfonctionnements en matière de sécurité des sites nucléaires, l’âge de certaines centrales toujours en activité alors qu’elles auraient du s’éteindre il y a presque 20 ans… Autant d’éléments qui plongent l’opinion publique dans le doute quant à la fiabilité de ce type de production d’énergie.
L’investissement de la France dans la production nucléaire est telle, aujourd’hui, qu’il semble impossible de faire machine arrière. 80% de la production d’électricité française est d’origine nucléaire. Des quantités qui dépassent de loin la consommation nationale et qui permet la génération d’une véritable économie, en proie aux marchés et à des exigences de rentabilités financières. Une situation qui n’est pas sans rappeler les légendaires mésaventures du docteur Faust, fin savant, qui avait signé un pacte avec le Diable pour obtenir de lui des faveurs en échange de son âme.



Un article très intéressant, riche et complet comme à l’habitude… Il ne faut malheureusement pas oublier qu’en période électorale, ce genre d’information est souvent minimisé ou bien au contraire explose sur tous les écrans. Dans ce dernier cas, le président de la république peut résoudre le problème et ainsi maîtriser sa cote de popularité…. Mais pas nucléaire… Ah ça non …
Bravo Paul
Commentaire très interessant qui retrace le triste bilan (souvent bien minimisé) de notre technologie de pointe
soit disant propre et sans danger.
Aujourd’hui on apprend que l’ASN vient de lever ses réserves quant à la sécurité du chantier de l’EPR de la centrale de Flamanville qui est en construction et qui devrait être mis en service en 2016. Un pas de plus vers une catastrophe annoncée. Plus d’information dans ce second article publié aujourd’hui sur La Lanterne :
http://la-lanterne.eu/a-la-une/lautorite-de-surete-du-nucleaire-valide-la-poursuite-de-la-construction-de-lepr-de-flamanville/5557
Quand la France fait la chasse aux pays qui cherchent à se munir d’une force nucléaire militaire, elle ne prend pas le temps de réaliser à quel point la menace est plus grande avec notre propre force nucléaire civile. Nous sommes, nous français, en danger de mort. Il ne faut pas oublier qu’en 69 la centrale de Saint Laurent des Eaux est entrée en fusion occasionnant un accident nucléaire de niveau 4 (sur 7) et que quelques années après, le réacteur de cette centrale entrait à nouveau en fusion, tout ceci sur une centrale jugée la plus en sécurité. Que dire de nos centrale qui sont exposées aux risques sismiques et aux dangers des côtes ?
Seulement deux candidats à l’élection se sont prononcés pour l’arrêt de la construction de cet EPR à Flamanville : Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon… Triste condamnation de 60 millions d’innocents au nom de la rentabilité économique.
En France on n’a pas de pétrole mais on a… le nucléaire. L’état étant actionnaire et donc bénéficiaire, on n’est pas prêt d’en sortir je crois bien.